Archive pour février 2007

De la lumière à la matière, à la lumière

Une équipe de physiciens de l’Université Harvard, menée par le docteur Lene Hau, est parvenue à arrêter la lumière, « l’éteindre », la transporter sur une distance d’une centaine de microns, puis la « rallumer ».  Albert Einstein avait dit que la lumière ne pouvait aller plus vite que 300 000 km/s dans le vide… mais il n’avait jamais dit qu’elle ne pouvait pas être ralentie.

En 1998, l’équipe de Lene Hau était parvenue à ralentir la lumière à une vitesse d’environ 17 m/s.  Deux ans plutôt, elle parvenait l’arrêter complètement à l’intérieur d’un amas de matière à très basse température appelé condensat de Bose-Einstein.  Maintenant, un autre tour de force est réalisé alors que les chercheurs sont parvenus à transporter la lumière « éteinte » sur une distance significative au niveau atomique.

Les résultats de leurs travaux, présentés dans la prestigieux revue Nature, sont également décrits sur le site du groupe de recherche.  Le principe de remote revival consiste à faire passer un pulse lumineux dans un nuage d’atomes de sodium à des températures de l’ordre du nanokelvin, convertissant l’onde lumineuse en onde de matière transportant la même information mais voyageant à l’agréable vitesse de 200 m/h.   L’onde de matière se propage dans l’espace et rencontre un second condensat indépendant, 160 microns plus loin, où elle est se retransforme en onde lumineuse, avec la même fréquence que l’onde originale.

Les applications possibles de cette découverte sont nombreuses, bien qu’il ne faut pas s’attendre à voir ce principe envahir les marchés d’ici peu.  Avec la possibilité de transformer l’information lumineuse en information véhiculée par la matière, il sera possible d’emprisonner cette information, potentiellement pour plusieurs minutes, et de changer sa forme comme bon nous semble.  Cette forme de contrôle quantique pourra également avoir des applications dans les domaines de la cryptographie quantique ou du traitement quantique de l’information (par exemple, pour les ordinateurs quantiques).

Un labyrinthe de fantasie… et de gore

Mon blogue ne serait pas complet sans la catégorie Cinéma. :) J’inaugure donc la catégorie, version 2.0, avec mon appréciation du film Le Labyrinthe de Pan (v.f. de El Laberinto del Fauno) du réalisateur mexicain Guillermo del Toro.

L’action se passe en 1944, en pleine Espagne franquiste de la fin de la 2e Guerre Mondiale. La petite Ofelia et sa mère enceinte partent vivre auprès du Capitaine Vidál, le nouveau mari de la mère, dans une région rurale du nord de l’Espagne où la milice de Franco et les rebelles se livrent une bataille acharnée. Ofelia découvre un labyrinthe où elle rencontre un faune (créature mythique ressemblant à un arbre, aucun rapport avec le dieu Pan) qui lui dit qu’elle est la princesse d’un monde souterrain merveilleux et qu’elle doit réussir trois épreuves pour prouver qu’elle est prête à retourner dans son royaume. Entre temps, la mère d’Ofelia vit une grossesse difficile et le capitaine Vidál tente de réprimer la rébellion.

Si vous allez voir ce film en vous attendant à une histoire féérique, pleine de magie et de bonheur, vous risquez d’être incroyablement déçus. Ou plutôt, incroyablement dégoûtés. Le film n’a rien d’un conte (del Toro parle d’ailleurs d’un conte de fée pour adultes) et de fait pas dans la dentelle. Les scènes sont souvent très dures et montrent une réalité horrible sans retenue. Même les épisodes de fantaisie avec la petite Ofelia n’ont rien de merveilleux. Le film est donc très sombre, un peu inégal et presque déprimant… mais, à mon avis, rend avec une efficacité puissante la réalité de la guerre dans ce régime fasciste espagnol.

Le spectateur n’est pas bombardé d’effets spéciaux à couper le souffle, mais la plupart des scènes sont très bien réussies. Le jeu des acteurs est excellent, surtout pour Ofelia (Ivana Baquero, 12 ans, qui n’en est pas à ses premières expériences cinématographiques). L’imaginaire de del Toro est également très captivant. On sort du film un peu ébranlé, presque choqué, mais complètement satisfait.

<>J’aurais toutefois apprécié l’avoir écouté en version originale espagnole (sous-titrée, bien entendu!) mais malheureusement seule la version française est disponible à Québec. Même le Clap présente la version française. Bon ok, c’est peut-être seulement moi qui aime trop écouter un film en version originale, mais vous ne m’en voudrez pas de vouloir saisir l’intention première des acteurs! :)

En somme, ce film est très dur, assez violent, pas très féérique, mais complètement accrocheur et fascinant. Il mérite vraiment le détour.

Évaluation : 9.5/10